Test Tormented Souls : le retour aux racines du survival-horror

Conçu par les studios chiliens Dual Effect et Abstract Digital, Tormented Souls promet un hommage aux classiques du survival-horror. L’influence de Silent Hill et surtout de Resident Evil se fait en effet rapidement sentir. Pour quel résultat final ?

Les vieux pots font-ils la meilleure soupe ?

Le rétro est à la mode, et le genre du survival-horror n’y déroge pas. D’autres réalisations à venir, comme Post Trauma jouent également la carte de la nostalgie en proposant des expériences se rapprochant des survival-horrors de la fin des années 90 / début 2000.

L’introduction de Tormented Souls, assez expéditive, nous présente Caroline, une jeune femme recevant une lettre. Cette dernière comprend une photo de deux jumelles, dont la vision trouble particulièrement la protagoniste. En menant l’enquête, elle finira par découvrir un étrange manoir (ancien hôpital) qui ne pourra que rappeler le premier épisode de Resident Evil. La première énigme sensibilise avec réussite le joueur à l’importance d’examiner les objets avec attention. L’exploration du manoir et les différents objets à récupérer permettront ensuite d’ouvrir petit à petit de nouvelles zones. Un schéma classique de survival-horror à l’ancienne.

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La réaction du personnage en interagissant avec les différents objets rappelle également les premiers survival-horrors © Dual Effect, Abstract Digital, PQUbe

La première partie de Tormented Souls est particulièrement réussie. Certaines zones, appuyées par une bande-son oppressante, parviennent à susciter une vraie boule au ventre. Si le scénario s’avère riche en lieux communs horrifiques (expérimentations scientifiques ratées, secte obscure, étranges rituels ancestraux…), les différents documents à ramasser et à lire parviennent à susciter l’intérêt. Les énigmes, plus exigeantes que dans Resident Evil, restent accessibles.

Avancer vers l’inconnu, avoir peur du bruit de ses propres pas, craindre l’ouverture d’une porte… Tormented Souls parvient à ressusciter les peurs principales des grands classiques horrifiques. Esthétiquement, le jeu est aussi une réussite, d’autant plus pour une réalisation indépendante.

On peut cependant noter quelques faiblesses. A titre d’exemple, les voix des personnages sont particulièrement surjouées. Certains pourront cependant dire que cela se justifie par l’hommage rendu par Tormented Souls aux jeux des années 90. Le bestiaire de monstres s’avère quant à lui plutôt limité.

Des énigmes de plus en plus capillotractées

Tormented Souls prend malheureusement un virage moins heureux lors de sa seconde partie. Le jeu se met en effet à enchaîner des énigmes dont certaines s’avèrent particulièrement tirées par les cheveux. On pense notamment aux énigmes de la clé à combinaison, dont le sens ne m’a pas semblé évident même après avoir recherché la solution en ligne… D’autres ont quant à elles une certaine odeur de réchauffé à l’intérêt ludique limité (comme celle nécessitant de rejouer une mélodie sur un instrument).

Il est de plus difficile de trouver un sens narratif ou une justification à certaines énigmes. Le premier Resident Evil justifiait en partie l’aspect labyrinthique du manoir Spencer de par le personnage de l’architecte torturé George Trevor. Tormented Souls semble reprendre la formule « Manoir labyrinthique » sans apporter d’approfondissement ou d’identité.

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La seule énigme impliquant la clé à combinaison que je suis parvenu à résoudre sans soluce… © Dual Effect, Abstract Digital, PQUbe

Le plus frustrant reste que certaines énigmes ne permettent que d’accéder à un objet à l’utilité ambiguë. Après s’être creusé la tête à résoudre un puzzle, on se retrouve ensuite une nouvelle fois coincé avec un objet dont on ne sait que faire… A moins d’apprécier particulièrement les puzzles, la situation devient lassante et finit surtout par prendre le pas sur l’aspect horrifique du jeu. Un indice supplémentaire (ou plus explicite) pour certaines énigmes n’aurait ainsi pas été de trop afin d’éviter que le rythme du jeu ne soit trop parasité.

La patience du joueur peut ainsi être mise à rude épreuve. D’autant plus que le dernier tiers propose des niveaux particulièrement labyrinthiques. La forte obscurité fait qu’il est par ailleurs assez facile de passer à côté de certains passages…

Des mécaniques old-school appréciables mais pas sans défaut

Tormented Souls pose aussi quelques questions concernant son gameplay résolument vieille école. Les caméras à angle fixe sont très souvent une réussite d’un point de vue esthétique et de la mise en scène. En revanche, il est parfois frustrant de devoir déplacer Caroline afin de changer d’angle de caméra et parvenir à se situer face à l’ennemi, alors que celui-ci se trouve factuellement juste sous les yeux de la protagoniste. Certains angles auraient peut-être pu être mieux choisis afin d’éviter ce ressenti. Les anciens Resident Evil et Silent Hill, que j’ai refaits récemment et qui utilisaient un système similaire, ne m’ont pas procuré cette frustration.

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Un monstre (bien caché) est présent sur ce plan ©Dual Effect, Abstract Digital, PQUbe

Tormented Souls reprend également l’idée du premier Resident Evil pour son système de sauvegarde. Afin de sauver sa progression, il sera nécessaire d’avoir à sa disposition une bande d’enregistrement. Celle-ci devra ensuite être utilisée sur un magnétophone à trouver dans les différentes salles de sauvegarde du manoir. Ce système exigeant responsabilise davantage le joueur. Les bandes d’enregistrement sont par ailleurs bien réparties. Bien entendu, ce parti-pris ne plaira pas à tout le monde. Perdre sa progression après un long moment sans sauvegarder (ce qui par chance, ne m’est pas arrivé) pourra s’avérer frustrant.

On pourra d’ailleurs noter la présence régulière de machines à écrire dans le décor. Encore un énième clin d’œil de Tormented Souls à la série CAPCOM…

Tormented Souls parvient à ressusciter l’esprit Resident Evil, surtout dans sa première partie. La seconde perd malheureusement en force à cause de ses énigmes capillotractées. L’expérience vaut le coup d’être vécue si vous appréciez casses-têtes, ambiance horrifiques 90’s, et mécaniques de gameplay vieille école. Si vous n’appréciez que les deux derniers, il reste possible de s’aider d’une bonne vieille soluce.

Martin Karpinski

Trop trouillard pour jouer aux survival-horrors jusqu'à mes 18 ans. En 2008, Dead Space fut ma première porte d'entrée vers cet univers. J'ai depuis rattrapé mon retard, tant au niveau des classiques (Resident Evil, Silent Hill...) que des jeux indépendants. Si il me reste encore des lacunes, j'ai cependant créé ce site pour partager ma passion du survival-horror et certaines de mes réflexions. J'écris également pour le webzine Journal du Japon.

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