Test Resident Evil 4 Remake : une mise à jour salutaire ?

En 2005, Resident Evil 4 a précipité la saga CAPCOM dans un tournant orienté action. De quoi décevoir les joueurs attachés à la formule des premiers épisodes. Force est de constater cependant que ce titre fut un grand succès, tant critique que commercial. 18 ans plus tard et après Resident Evil 2 et 3, c’est au tour du 4ème volet de faire l’objet d’un dépoussiérage. Le pari est-il réussi ?

Ce test a été réalisé sur PS4 dans le cadre d’une partie en mode Hardcore. J’ai en effet suivi la consigne proposant de choisir ce mode dans le cas ou le joueur aurait déjà joué au jeu original. Parfois à regret, mais pas toujours.

Moderniser sans trahir, le credo CAPCOM

Comme on pouvait s’y attendre, CAPCOM a bien cherché à ressusciter l’esprit du Resident Evil 4 original tout en le modernisant. Exit par exemple les QTE, à la mode dans les années 2000. La maniabilité se fait quant à elle moins rigide. Ce remake intègre aussi de nouvelles fonctionnalités. Parmi celles-ci, on note la possibilité de tuer discrètement vos ennemis par derrière d’un seul coup de couteau si ceux-ci ne vous ont pas remarqué.

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Accroupi, Leon peut plus facilement se faufiler et éliminer discrètement ©CAPCOM

Cet aspect discrétion à la The Last of Us est salutaire, notamment en mode Hardcore. Cela permet en effet d’économiser un certain nombre de munitions. Parvenir à passer le début de l’île avec un arsenal limité en utilisant au maximum la discrétion s’avère ainsi particulièrement valorisant. On sent cependant que le titre n’est pas toujours adapté à ce système de gameplay. Resident Evil 4 étant avant tout un jeu d’action horrifique, on comprend toutefois que CAPCOM n’ait pas souhaité trop mettre cet aspect en avant.

Le gameplay autour du couteau a par ailleurs aussi été revu. Auparavant inusable, il finit dans ce remake par se casser au bout d’un certain nombre d’utilisations. Il faut dire que l’arme fétiche de Leon est mise à rude épreuve. Celle-ci parvient à contrer certains coups des ennemis, y compris une tronçonneuse (!). Heureusement, il est toujours possible de réparer le couteau auprès du fameux marchand.

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Ne pas reproduire cette expérience chez vous avec un Opinel ©CAPCOM

L’utilité du couteau est donc élargie, tout en étant plus contraignant en termes de ressources. Un bon exemple de mise à jour pertinente effectuée dans ce remake.

Une écriture davantage approfondie

Ce Resident Evil 4 Remake ne cherche pas vraiment à se prendre plus au sérieux que l’original. Preuve en est la possibilité de contrer une tronçonneuse au couteau évoquée ci-dessus… On ne peut cependant pas considérer cela comme un défaut. Ce 4ème volet est avant tout pensé comme un divertissement sans prétention scénaristique. Toutefois, on remarque un certain effort sur l’écriture.

Ashley est le personnage bénéficiant le plus de cette réécriture. Elle pourra rester agaçante lors de certaines phases de gameplay en sa compagnie. La mécanique consistant à devoir la relever à chaque coup encaissé sous peine de la perdre définitivement est lourde. Elle contredit aussi la volonté de décrire Ashley comme plus entreprenante et débrouillarde lors des cinématiques.

On apprécie par exemple que la fille du Président trouve un moyen d’échapper à la maison envahie. Elle s’avère aussi plus audacieuse pour trouver des solutions, quitte à s’improviser employée du BTP (assez peu crédible de par son statut, mais amusant). La pauvre Ashley dispose en revanche d’une condition physique limitée. On l’entend ainsi essoufflée dès qu’elle n’est pas à l’arrêt. Un petit détail qui s’avère souvent lassant…

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Une Ashley plus intéressante que dans l’original ©CAPCOM

Le passage où l’on interprète Ashley est bien plus réussi. Au point que l’on aurait presque aimé qu’il dure (un peu) plus longtemps. La menace pesant sur les deux personnages concernant l’injection dont ils ont été victimes est aussi bien mieux mise en avant. Celle-ci est même introduite dans le gameplay, handicapant parfois Leon durant les combats.

Luis gagne aussi en écriture. Notre compère espagnol, sans être d’une profondeur remarquable, bénéficie d’une histoire plus travaillée. Il a ici un passif et une certaine ambiguïté le rendant plus intéressant. Ada Wong, apparaissant de façon assez sporadique dans l’original, a également droit à davantage de scènes.

Une ambiance toujours plus saisissante

Bien entendu, Resident Evil 4 Remake bénéficie aussi du lifting graphique. Près de 20 ans après la sortie de l’original, certains lieux sont parfaitement bien mis en valeur par le moteur RE Engine. Le retour au cimetière de nuit en compagnie d’Ashley était l’un des grands moments phares de Resident Evil 4 2005 en termes d’ambiance. Ce passage est ici parfaitement réinterprétée, ajoutant par ailleurs la possibilité d’user davantage de l’infiltration.

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©CAPCOM

Le château est sans doute la zone ayant été la plus retouchée de ce remake. Et cela avec une certaine réussite ! Cette zone avait le défaut d’être un peu trop longue dans l’original. CAPCOM a fait le choix de revoir ce passage avec des énigmes repensées, et un level-design remodelé. L’ambiance du château reste particulièrement fidèle. On pourra noter l’ajout d’une séquence purement orientée action, dénotant avec l’aspect horrifique, mais très prenante.

A l’image du titre original, l’île reste en-dessous des deux premières zones. Certaines séquences ont trop lourdes ont été retirées, rendant le tout plus digeste. En termes de narration, la séquence où les effets de l’injection sur Leon se fait de plus en plus ressentir constitue aussi un ajout pertinent.

Des boss en-deçà ?

Spoiler sur la mécanique des boss

Certains boss m’ont cependant fait regretter d’avoir choisi le mode Hardcore. Salazar m’a apparu particulièrement frustrant. Le fait que le châtelain puisse se déplacer plutôt que d’être collé au mur comme en 2005 est une bonne évolution. Sa vitesse de déplacement et ses attaques à distance le rendent toutefois assez agaçant compte tenu du gameplay lourdaud de Leon. Finalement, la meilleure solution demeure de rester caché derrière un pilier, d’attendre son attaque, puis tirer. Ce qui s’est avéré assez répétitif.

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Un air de Margaret Thatcher. On pourra regretter le chapeau Napoléon de l’original ©CAPCOM

Saddler, quant à lui, invoque un nombre particulièrement délirant d’insectes. S’en débarrasser est un véritable fardeau, surtout quand il faut aussi éviter les attaques du principal antagoniste. Cela rend le tout assez confus, et encore une fois peu adapté aux déplacements de Leon à mon goût. J’ai finalement opté pour la stratégie du lance-roquettes après une heure de tentative. Il m’est souvent arrivé d’insister bien plus longtemps sur des boss de jeux vidéo (coucou Ludwig de Bloodborne). Ici, je n’y ai pas pris de plaisir, d’où cette solution radicale.

Méndez est plaisant à affronter, malgré une dernière phase plus brouillonne. Enfin, le Verdugo est toujours aussi réussi en termes d’ambiance. Le fait de ne pas pouvoir utiliser les valves plus d’une fois chacune est cependant dommageable. Pourquoi ces dernières seraient soudainement HS alors que nous pouvions les activer à foison avant son arrivée ? Il est assez frustrant d’utiliser toutes les valves, de dépenser tout son arsenal de munitions sur ce Verdugo sans parvenir à le tuer, nous contraignant à recommencer si l’on souhaite éliminer ce boss.

Des quêtes annexes qui pénalisent le rythme ?

Sans être un poids, les quêtes annexes menacent parfois le rythme du jeu. Assez nombreuses (surtout à la fin du village), certaines d’un intérêt ludique limité, et presque désuet. C’est surtout le cas pour les médaillons bleus, qui finissent d’ailleurs par apparaître sur la carte. D’autres consistant à récupérer un objet ou tuer des rats ne sont pas non plus trépidantes. Un boss optionnel du château m’a toutefois procuré un sentiment assez grisant, presque digne d’un jeu From Software.

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Un énième médaillon bleu victime de Leon Scott Kennedy ©CAPCOM

Rien de bien méchant cependant. Il est tout à fait possible de ne pas toutes les effectuer, et les récompenses obtenues restent intéressantes afin d’élargir le gameplay avec de nouvelles armes.

Resident Evil 4 Remake est une franche réussite. Si on peut noter quelques points noirs évoqués ci-dessus, ils restent mineurs en comparaison de l’expérience générale. CAPCOM a parfaitement réussi à reproduire et optimiser l’expérience originale. Assumant complètement son statut de jeu vidéo et ses excentricités, Resident Evil 4 demeure un titre de divertissement grand public référence, sans autre ambition que de procurer du plaisir. L’horreur n’est pas non plus complètement absente. L’ambiance lugubre de certains lieux est plus que jamais saisissante. De quoi donner envie de relancer l’aventure !

Martin Karpinski

Trop trouillard pour jouer aux survival-horrors jusqu'à mes 18 ans. En 2008, Dead Space fut ma première porte d'entrée vers cet univers. J'ai depuis rattrapé mon retard, tant au niveau des classiques (Resident Evil, Silent Hill...) que des jeux indépendants. Si il me reste encore des lacunes, j'ai cependant créé ce site pour partager ma passion du survival-horror et certaines de mes réflexions. J'écris également pour le webzine Journal du Japon.

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